"L'installation d'eau devrait également faire l'objet d'un contrôle lors de la vente d'un logement"
Aquaflanders et Buildwise lancent des outils visant à renforcer la sécurité des installations intérieures d'eau potable
En Flandre, l’eau du robinet fait partie des denrées alimentaires les mieux contrôlées et affiche des indices de qualité très élevés. Pourtant, la responsabilité en matière de sécurité de l’eau ne s’arrête pas au compteur d’eau. Dès que l’eau pénètre dans un logement ou un bâtiment, l’installation sanitaire contribue à déterminer si cette qualité est préservée jusqu’à chaque point de prélèvement. Grâce à une nouvelle note technique de Buildwise et à un inventaire numérique d’AquaFlanders, les installateurs sanitaires, les concepteurs et les propriétaires disposent désormais d’un outil supplémentaire pour mieux prévenir, détecter et documenter correctement les risques liés aux installations intérieures.
Les compagnies des eaux flamandes fournissent une eau du robinet de haute qualité jusqu’au compteur. Selon les contrôles effectués par l’Agence flamande pour l’environnement, 99,57% des échantillons d’eau prélevés au robinet étaient conformes aux normes légales. Ce chiffre confirme la robustesse du réseau d’eau potable, mais il ne dit pas tout sur ce qui se passe en aval du compteur.
Dans les habitations et les bâtiments, l’eau circule encore à travers des canalisations, des appareils, des robinets, des dispositifs de sécurité et d’éventuelles sources d’eau supplémentaires. C’est précisément là que des erreurs de conception ou d’exécution peuvent avoir un impact sur la qualité de l’eau qui sort du robinet au final.
La qualité de l’eau potable relève de la responsabilité de nombreux acteurs
Aujourd’hui, l’installation intérieure est bien plus qu’un simple réseau technique de canalisations destiné à assurer le confort. Elle constitue également un maillon essentiel de la protection de la santé publique. Des erreurs dans le choix des matériaux, le tracé des canalisations, les dispositifs de sécurité ou les raccordements peuvent entraîner une altération de la qualité de l’eau, même si celle-ci était initialement bonne.
AquaFlanders et Buildwise mettent donc l’accent sur les connaissances, les bonnes pratiques et une préparation adéquate du contrôle. En effet, la qualité de l’eau du robinet n’est pas seulement déterminée par la compagnie des eaux, mais aussi par toutes les personnes impliquées dans la conception, la pose, l’entretien et le contrôle de l’installation.
"On pense souvent que l’eau du robinet est automatiquement sûre, mais à l’intérieur des habitations, beaucoup de choses peuvent encore mal tourner", explique Bart Bleys, expert en installations sanitaires chez Buildwise. "Faire les bons choix lors de la conception et de l’installation fait vraiment la différence. Pour le secteur, cela signifie que l’installateur se voit confier, de manière encore plus marquée, un rôle de conseil et de contrôle de la qualité. Une mise en œuvre correcte est nécessaire non seulement pour livrer une installation, mais aussi pour limiter de manière structurelle les risques pour les habitants et les utilisateurs."

Erreurs classiques
Les risques liés aux installations intérieures ne sont pas nouveaux en soi, mais ils restent d’actualité. AquaFlanders et Buildwise soulignent notamment la présence de plomb, les raccordements défectueux, l’utilisation incorrecte de sources d’eau alternatives et la prolifération de la légionelle. "Chacun de ces risques nécessite une approche différente, mais ils ont une cause commune: l’installation doit être conçue de manière réfléchie dès la phase de conception", explique Bart Bleys.
"Le plomb reste un sujet de préoccupation majeur lorsque des matériaux anciens sont présents ou lorsque l’on ne sait pas clairement quelles canalisations ont été utilisées dans un bâtiment. C’est notamment lors des rénovations que les installateurs peuvent être confrontés à des situations existantes qui ne sont pas toujours entièrement visibles. Une évaluation approfondie de l’installation existante et un choix judicieux des matériaux sont alors essentiels."
"Les raccordements incorrects constituent un deuxième risque majeur. Lorsque l’eau du robinet et l’eau de pluie, l’eau de puits ou d’autres sources d’eau alternatives peuvent entrer en contact, l’eau potable risque d’être contaminée. Ce risque s’accroît à mesure que les systèmes d’alimentation en eau des logements deviennent plus complexes. Le refoulement reste également un sujet de préoccupation. Sans dispositifs anti-refoulement adaptés, de l’eau contaminée provenant d’un appareil ou d’un circuit peut revenir dans l’installation d’eau potable. La présence et le placement correct de ces dispositifs constituent donc un élément important du contrôle."
Risque lié à la légionelle
L'un des risques sanitaires les plus importants dans les installations sanitaires est la prolifération de la légionelle. Celle-ci peut être causée par de l'eau stagnante, des températures inadaptées ou une séparation insuffisante entre les conduites d'eau froide et d'eau chaude. Ce point peut revêtir une importance particulière, notamment dans les grands bâtiments, les immeubles collectifs, les maisons de retraite, les hôpitaux, les crèches et les écoles.
La nouvelle note technique de Buildwise concerne en premier lieu les immeubles d'habitation individuels et collectifs, mais s'applique également aux bâtiments dont l'utilisation est comparable à celle des logements. Dans ce document, les installateurs trouveront notamment des informations sur les températures de l’eau froide et de l’eau chaude à respecter afin de limiter la prolifération bactérienne, notamment celle de la légionelle. Il aborde également la question de savoir pourquoi il faut éviter la stagnation de l’eau et les points à prendre en compte lors du traitement de l’eau. L’accent est ainsi déplacé de la simple réparation vers la conception préventive.
La 'Note d'Information Technique' fait office de code de bonnes pratiques
La Note d’Information Technique de Buildwise sur les installations de distribution d’eau potable dans les bâtiments est considérée comme un code de bonnes pratiques, même si elle n’a pas le même statut qu’une loi ou une norme officielle. "Elle s’adresse à tous ceux qui conçoivent ce type d’installations, des installateurs sanitaires aux bureaux d’études", précise Bart Bleys. "Ce document a été élaboré avec le soutien d’un groupe de travail au sein duquel étaient représentés divers acteurs concernés du secteur, notamment des installateurs, des bureaux d’études, des fabricants, des grossistes et AquaFlanders."
Pour les installateurs, c’est surtout l’approche pratique qui importe. Le document ne se contente pas de regrouper des exigences générales, mais fournit également des orientations sur des questions concrètes de conception et de mise en œuvre. Quels matériaux peuvent entrer en contact avec l’eau potable? Quand et où des dispositifs anti-refoulement sont-ils nécessaires? Comment protéger l’eau froide contre un réchauffement indésirable? Comment limiter les risques de gel? Qu’en est-il des nuisances sonores, de la dilatation, des essais avant réception et de l’entretien? Autant de questions qui reviennent souvent dans la pratique.
La Note d'Information Technique s’appuie sur d’importants documents de référence en Belgique et en Flandre, notamment l’arrêté flamand sur l’eau potable, les meilleures techniques disponibles pour lutter contre le développement de la légionelle dans les installations sanitaires et le répertoire Belgaqua. Ainsi, les informations ne sont pas isolées, mais s’inscrivent dans le contexte technique et réglementaire existant.
AquaFlanders souhaite instaurer un contrôle obligatoire lors de la vente
En Flandre, toute installation d’eau neuve ou ayant subi des modifications importantes doit obligatoirement faire l’objet d’un contrôle. Selon Carl Heyrman, directeur général d’AquaFlanders, les contrôleurs agréés vérifient notamment si les dispositifs anti-refoulement appropriés sont en place et si les circuits d’eau de robinet et d’eau de pluie sont strictement séparés. Ce contrôle constitue la dernière étape d’une installation sûre, mais il n’est pas destiné à évaluer de manière exhaustive chaque détail de la conception.
"Cette distinction est importante pour le secteur", affirme Heyrman. "L’inspection porte sur la conformité des raccordements et la conformité à l’usage prévu. Les choix de conception et les matériaux utilisés ne font pas partie de cette évaluation. Une installation peut donc être déclarée conforme sur certains points, alors que certains choix de conception s’avèrent, à long terme, moins adaptés en termes de confort, d’entretien ou de qualité de l’eau. La responsabilité d’une conception réfléchie incombe donc toujours aux concepteurs, aux installateurs et aux maîtres d’ouvrage."
AquaFlanders souligne qu’en moyenne, 3 à 4% des installations d’eau contrôlées ne sont pas conformes et présentent donc des risques. "Ce pourcentage peut sembler limité, mais en chiffres absolus, cela représente un nombre considérable d’installations", prévient Heyrman. "Toute installation non conforme peut avoir des conséquences pour les utilisateurs ou, en cas de refoulement, même pour le réseau d’eau potable. Le contrôle obligatoire n’est donc pas une simple formalité administrative, mais un contrôle de sécurité indispensable. Avec AquaFlanders, nous militons donc en faveur d’un contrôle obligatoire lors de la vente, à l’instar du contrôle électrique. Cela permettrait de réduire encore davantage les risques liés aux installations existantes. Pour les installateurs, cela pourrait à terme générer des missions supplémentaires et des occasions de conseil, mais surtout offrir une chance de rendre les installations existantes structurellement plus sûres."
Un inventaire numérique doit permettre de mieux préparer le contrôle
En vue de l’inspection obligatoire, le propriétaire doit dresser un inventaire de tous les appareils de l’installation d’eau, accompagné des pièces justificatives nécessaires. Dans la pratique, ce n’est pas toujours simple. Surtout dans le cas de grandes habitations, d’immeubles d’appartements ou d’installations utilisant l’eau de pluie, on peut rapidement perdre la vue d’ensemble. AquaFlanders lance donc un inventaire numérique pour l’inspection de l’installation d’eau et de l’évacuation des eaux usées privées.
"Cet inventaire numérique doit aider les propriétaires à rassembler les informations requises de manière claire", explique Carl Heyrman. "Pour les inspecteurs, cela peut se traduire par une préparation plus fluide et moins d’ambiguïtés au moment du contrôle. Cet outil est également utile pour les installateurs. Ils peuvent ainsi aider leurs clients à documenter correctement l’installation et veiller à ce que les appareils, les circuits et les dispositifs de sécurité soient clairement répertoriés. Une installation bien réalisée mais mal documentée peut encore soulever des questions lors de l’inspection ou d’un entretien ultérieur. À l’inverse, un inventaire clair permet de détecter plus rapidement les erreurs et d’éviter les discussions."
Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour l’installateur?
Pour les installateurs sanitaires, l’essentiel réside dans la préparation. "Quiconque conçoit ou réalise des installations d’eau potable a tout intérêt à prendre en compte dès le départ le choix des matériaux, la séparation des circuits, la protection contre le refoulement, la gestion de la température, la stagnation, l’entretien et la documentation. Ces points d’attention ne constituent pas une liste de contrôle distincte à établir a posteriori, mais doivent être intégrés dès la conception et la réalisation", précise Carl Heyrman.
"La nouvelle Note d'Information Technique de Buildwise peut servir de guide pratique à cet égard", ajoute Bart Bleys. "Elle offre un langage commun aux installateurs, aux bureaux d’études, aux fabricants et aux contrôleurs. C’est important dans un secteur où les connaissances sont nombreuses, mais où l’interprétation des bonnes pratiques peut parfois varier. En regroupant ces connaissances, les professionnels disposent d’un point de référence plus solide."
La sécurité de l’eau du robinet n’est donc pas la responsabilité d’un seul acteur. Elle commence à la source et dans le réseau public, mais ne s’achève qu’au robinet de l’utilisateur. Pour les installateurs sanitaires, cela représente à la fois un défi professionnel majeur et une opportunité.